Rabós d’Empordà est un réduit de schiste, de solitude et d’oliviers centenaires qui s’accroche aux contreforts orientaux du massif des Albères. Dans ce paysage âpre, les vieux chemins de montagne qui servaient autrefois à la contrebande de tabac, de sucre ou de laine sont devenus aujourd’hui des voies d’échange culturel. La Fira de Vins Naturals Contraband (Foire de vins naturels Contraband) naît de cette même logique de frontière : une proposition enracinée dans la terre où la viticulture libre et l’expression artistique s’unissent sans demander de permission, transformant pendant quelques jours un village de peu plus de trois cents habitants en un pôle de rencontre qui réunit un millier de personnes autour du produit propre.
Le salon se distingue par un système singulier de domaines viticoles hôtes qui encourage la coopération professionnelle directe entre les deux versants de la chaîne. Les producteurs locaux ouvrent les portes de chez eux pour accueillir des viticulteurs de la Catalogne Nord : Can Casanovas devient le foyer de Vins Nats ou Somni d’Istiu ; Castelló-Murphy reçoit des projets comme Pujol-Cargol ou Les Ânes Ailés ; Vinyes Tortuga partage son espace avec Roger Viusà ; et au domaine RIM, le vigneron Jordi Esteve se fait l’hôte de signatures telles que Domaine Leonine ou la mythique Vinagrerie La Guinelle. Sur ces parcelles de sol schisteux, les cépages traditionnels comme le Carignan blanc, le Macabeu, le Carignan gris (Garnatxa roja) et le Picpoul se transforment en vins d’une minéralité nue et reconnaissable, éloignés de l’homogénéisation commerciale.
Cette complicité transfrontalière s’étend à la gastronomie de proximité, où des fromageries artisanales comme Els Avalls, Mas Alba et Le Bolut s’installent directement dans les domaines, accompagnées par les propositions culinaires d’El Ginjoler et du Restaurant Analògic. En parallèle, le programme « Art de Contraban » utilise le paysage comme toile à travers des installations éphémères à faible empreinte environnementale. On remarque l’intervention d’Ona Trepat, Cercle sobre les aigües (Cercle sur les eaux), qui dialogue avec le cours du fleuve Orlina, ou les drapeaux de Jofre Sebastián dans Vent de Sarments, activés par la tramontane au-dessus des vignes. Cette action contemporaine coexiste avec la mémoire historique à travers le Memorial a la Fil·loxera (Mémorial du Phylloxéra) de Mònica Campdepadrós, qui rappelle que Rabós fut le premier point de la péninsule où pénétra le fléau en 1879, transformant une tragédie ancienne en un motif de résilience partagée.