Sant Llorenç de Cerdans est un village qui sait conserver ce que les autres ont perdu. Sa tradition de la Fête de l’Ours, inscrite au Patrimoine Cultural Immatériel de l’UNESCO, en est le témoignage le plus visible. Pourtant, chaque automne, la commune accueille un autre rendez-vous dont parle peu le tourisme de masse mais beaucoup les habitants du territoire : la Cat’Festa.

Organisée par le Centre Cultural Català del Vallespir (CCCV) depuis quatorze éditions, la Cat’Festa est, au fond, un acte de résistance douce. Un espace où la langue catalane ne se revendique pas sur des affiches, mais s’utilise : dans l’appel aux géants et capgrossos qui défilent dans le centre du village, dans les récitals de poésie qui croisent des voix du Vallespir et de l’Empordà, dans les sardanes qui clôturent l’après-midi avec le cercle ouvert de ceux qui souhaitent s’y joindre. Des pièces de théâtre de rue s’intercalent dans la programmation jusqu’à l’arrivée du moment que tout le monde attend.

Le cœur gastronomique de la fête est l’arrossada (un grand plat de riz). Préparée au feu de bois avec des produits de la montagne, cuisinée collectivement et partagée en communauté, elle représente bien plus qu’un plat : c’est le moment où le projet de fraternité transfrontalière devient tangible, visible, odorant. S’y asseoir équivaut à reconnaître que l’EsCaT — l’Espace Catalan Transfrontalier — existe parce que les gens s’installent ensemble et partagent un repas.

La Cat’Festa 2026 s’inscrit dans le réseau Mar i Muntanya, a Taula ! en tant qu’ancrage de la montagne nord-catalane. Elle représente le pôle intérieur d’un fil narratif qui unit forêts de châtaigniers et plages de sable fin, Pyrénées et Méditerranée, nord et sud. Une fête qui, tout simplement, existait déjà avant que quiconque ne lui donne un nom de réseau.