Le port de Saint-Cyprien garde le silence des espaces tranquilles, où les barques catalanes reposent sur l’eau sous le regard des mouettes. Au-delà du paysage de carte postale, ce coin de côte vibre grâce à un héritage de techniques anciennes qui résistent à la disparition : l’art de gouverner la voile latine, la charpente de marine et les nœuds marins faits de mémoire. Pour que ces gestes séculaires ne deviennent pas des pièces de musée, l’association Els Mariners Cebrianencs œuvre quotidiennement à la transmission du métier. Le point d’orgue de cette action communautaire intervient début novembre avec la célébration de la Bullinada dels Pescaires, un événement pleinement inséré dans le circuit culturel Mar i Muntanya, a Taula !.
Sous la direction de Yann et Jean-Claude Pons, l’entité devient la véritable protagoniste de la journée, transformant le quai en un atelier ouvert où l’on répare les filets et déploie les voiles traditionnelles. La fête trouve cependant son lien le plus profond autour du feu. La bullinada que préparent les membres de l’association est le résultat direct d’un savoir hérité des vieux pêcheurs de la lagune, un plat substantiel qui exige du métier et le respect des ingrédients locaux.
La préparation maintient intactes les étapes de la recette traditionnelle du Roussillon. Tout commence en enduisant généreusement les parois de la marmite avec du sagí (le saindoux rance de porc) qui évitera au poisson d’attacher et apportera l’onctuosité caractéristique à la sauce. Au fond, on dispose les pommes de terre coupées épaisses, les gousses d’ail et l’anguille de l’étang capturée de manière durable. Avec une touche précise de piment oiseau et de l’eau fraîche, la marmite est placée sur un feu très vif pour démarrer un bouillonnement rapide et énergique. Enfin, le jus lié est versé directement sur de grandes tranches de pain de campagne grillées et frottées à l’ail, servant le poisson et les pommes de terre comme le meilleur témoignage d’une cuisine ancrée dans l’eau.
La Bullinada dels Pescaires est l’expression naturelle du travail que les Mariners Cebrianencs mènent tout au long de l’année à Saint-Cyprien. Au sein du réseau transfrontalier conçu et dirigé par CLM, l’implication de cette jeune association du Roussillon apporte une authenticité pratique structurelle. C’est la démonstration que la sauvegarde de la cuisine du territoire et la continuité des métiers de la mer sont les meilleurs outils pour maintenir vivante l’identité d’un côté à l’autre des Pyrénées.